Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 09:58

 Elle en parlait tous les jours depuis quelques mois. Elle avait toujours senti l’absurdité, le côté auto-destructeur de ces créations infernales. Mais ses pensées, peu à peu, s’étaient concentrées sur ça. Une sorte d’étau avait enserré son espace vital interne, l’oppressant davantage de jour en jour. Bien sûr, elle n’y pensait pas nuit et jour. Elle vivait aussi. Et parce qu’elle vivait, parce qu’elle aimait tant la terre, et les lieux où celle-ci était caressée par la mer et le vent salé, elle ne pouvait admettre que les hommes aient eu l’inconscience, l’impudence, la fatuité de mettre en péril ce miracle de vie.

 

Et voilà. Ce qu’elle redoutait s’était produit. La nature avait protesté, comme elle le faisait parfois. Mais aujourd’hui, elle avait déclenché, malgré elle sans doute, ce qu’il aurait fallu considérer comme un signe. C’était là-bas, sur une île, où des hommes vivaient, où des hommes mouraient à présent.

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L’homme le savait, pourtant, depuis toujours qu’il inventait des contes, des romans et des textes religieux. Il le savait trop bien, que tout n’était qu’un incessant recommencement, que monter toujours plus haut rendait l’inéluctable chute plus douloureuse. Dans ses rêves de puissance, dans son désir d'éternité, sa détresse était-elle si profonde qu’il ne songeât qu’à se perdre ? Trop d’intelligence pour si peu de pouvoir. Etait-ce si insupportable ?

 

Et maintenant ? Qu’allait-il faire ? Une autre voie ne s’ouvrait-elle pas ? Les peuples qui, les premiers, avaient cherché à abolir la haine, les despotismes, à construire la nouvelle Babel, allaient-ils laisser les nouveaux tyrans, les maîtres du feu, les fantoches du capitalisme, les Ubu de la mondialisation, les fous couronnés de verroterie jouer avec des outils qu’ils croyaient maîtriser, avec la Terre, qu’ils savaient ne pas maîtriser, avec la Vie, dans leur démence désespérée ?

 

Elle ne savait plus trop s’il fallait se révolter, au nom de la vie, ou si tout combat était vain. Les hommes étaient-ils seuls avec leurs doutes, leurs rêves, leurs désirs de bonheur, leurs pathétiques espoirs, leurs combats contre la mort, et leurs paradoxales pulsions de mort ? Est-ce que cela avait du sens de lutter ? Mais, pourtant, elle voulait encore, malgré tout, voir dans le cœur de l’humanité une pépite d’espérance, oh, pas grand-chose, un instinct animal de survie, peut-être, ou, malgré le sentiment d’être floué, comme une gratitude de vivre pour éprouver la palette des sentiments, pour apprendre que l’homme est un monde insondable aux gouffres dangereux, aux tumultes tempétueux, aux ressources mal exploitées, aux beautés éblouissantes et aux mystères infinis. images[2]

Par Ondine Venezia - Publié dans : Vivre malgré...
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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 17:10

Au bas de la falaise, la mer se jetait violemment contre les rochers. Elle se tenait là, les yeux rivés sur le ressac, impassible, ses cheveux fous de vent la retenant au bord du gouffre. Une vague plus forte la fit sursauter. Un pas en arrière l’éloigna du vide. Chancelante, elle s’approcha de la chapelle.

 

La porte grinça juste un peu. Le rectangle noir l’accueillit dans sa fraîcheur immobile chargée d’humidité âcre. Elle dut baisser légèrement la tête pour éviter le linteau de granit, descendit deux marches et referma le battant derrière elle. Malgré l’obscurité brutale qui avait remplacé l’éblouissement du soleil, elle devinait déjà les lieux. La chapelle était petite, composée d’une simple nef chichement éclairée par deux vitraux latéraux. Quatre bancs sans dossier occupaient l’essentiel de l’espace, mal alignés. Le bruit de ses pas résonna et celui du banc qu’elle déplaça sur le dallage inégal pour s’asseoir. Au-dessus d’elle, pas de voûte, de croisée d’ogives, mais, sous une charpente apparente, des poutres horizontales, dont les extrémités, seule fantaisie du lieu, formaient des têtes monstrueuses d’animaux fabuleux. La lumière filtrée par les vitraux sales était terne. Aucun autre meuble que ces bancs, aucune statue, pas même un tronc n’était resté, signe de ces temps où le respect n’était plus une valeur unanime. Seule une croix qu’elle avait aperçue en entrant et dont elle sentait la présence au-dessus de son épaule droite était restée en place.

Elle était seule. Elle avait trouvé un havre. Envie de tout oublier, d’effacer le dehors, de suspendre le temps et sa vie.

Elle se mit à suivre la lente progression d’un rectangle de lumière sur le mur. Le soleil allait bientôt se coucher, et la situation de la chapelle sur le promontoire dégagé laissait les rayons pénétrer par le vitrail de gauche, exposé ouest. Elle s’aperçut que le rectangle gagnait le pied de la croix. Alors, elle prit son foulard, grimpa sur un banc et se mit à essuyer les carreaux. Aucun motif figuratif, mais un agencement de morceaux de verre rouges et jaunes qui réchauffaient la lumière froide de ce soir d’hiver. Elle laissa le banc sous le vitrail, s’assit face à la croix et regarda le Crucifié. Il était du même bois que la croix, un bois blond, brut. Les jambes croisées, clouées, étaient devenues bien visibles dans la lumière. La sculpture semblait assez grossière, les marques du burin amplifiées par les rayons légèrement rasants. Lentement, ce corps dénudé, martyrisé s’éclairait dans le dévoilement audacieux de la lumière. Des cuisses à la musculature fragile, un ventre vulnérable, à peine caché par le pagne court et échancré, la plaie outrancièrement béante sous des côtes tDali Crucifixion hypercuberop exposées. Le soleil tournait, peu à peu caché par la muraille ; elle se surprit à espérer qu’il lui laisserait le temps de contempler le visage. Une aisselle creusée se découvrit encore, en  même temps que le menton à la volonté résignée. Elle ne détachait plus son regard de l’homme sur la croix, rentré de nouveau dans l’ombre du recueillement. Elle se leva, se jucha sur un autre banc, et tendit la main vers ce visage qu’elle ne pouvait que deviner. Dans cette semi cécité avide de lumière, elle effleura les courbes du nez, des joues et des paupières. Le bois était chaud, doux, vibrant ; ces traits respiraient la plénitude du choix assumé, du don pour la vie. Un bien-être absolu se répandit dans tout son corps, dans son âme, dans l’idée de sa vie à venir.

Elle sourit.

 

Au dehors, elle fut accueillie par le souffle bienfaisant et régénérant de l’air salé. L’ombre avait enveloppé les lieux, le vent s’était apaisé. Elle monta dans sa voiture, mais ne reprit pas la route de la ville. Elle n’y avait plus d’avenir, son chemin était autre. Elle allait vivre, elle allait aimer, elle allait bâtir.

Elle était venue chercher le néant, elle avait gagné la vie.

Par Ondine Venezia - Publié dans : Vivre à...
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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 11:43

(exercice de style à la manière de Annie Saumont)

 

Le passé s’adresse au futur :

 

Toi, je t’aimais, je t’aimais. Je t’avais rêvé sans te voir. Mais voilà que tu te présentais à moi, tellement ouvert. Je découvrais tous les possibles en toi. Je t’aimais. Tu me ressemblais, tu étais moi. Et pourtant autre. J’étais en toi. J’ai senti d’emblée que tu ne pourrais pas exister sans moi. Et, sans toi, que resterait-il de moi ? Pas même un souvenir.

 

J’ai aimé que tu me fasses sortir de moi-même, de mon enfermement pour aller de l’avant. Mais aussi, j’ai aimé que tu t’attardes, attendri, la larme au bord de l’œil, sur les photos de moi, dentelées, couleur sépia, jaunies, racornies d’avoir vécu. J’ai aimé toutes les fois où tu m’as entraîné dans tes folles aventures, toi insouciant, moi réticent, mais tellement tenté par ce que je ne connaissais pas encore et que tu m’offrais comme autant d’étoiles brillantes de possibles. J’ai aimé les heures tendres, où blottis l’un contre l’autre, imbriqués l’un dans l’autre, nous avons laissé se fondre souvenirs, désirs, attentes, ce qui fut et ce qui sera. Où mes yeux aimantés par tes yeux, tes yeux, tout de tendresse indulgente, nous n’avons plus fait qu’un dans un présent magnifique qui se moquait du temps.

 

J’ai détesté certains de tes regards sur moi, cette ironie qui me faisait enrager. Tu te sentais plus fort et tu me jugeais ! C’était si facile. Ton visage si beau, lumineux, divin parfois, il est arrivé que je le déteste, quand je prenais quelque recul. Alors, je voyais le chemin du temps dans les lignes tracées sur ton front, et ta flétrissure intérieure. Je t’ai détesté quand j’ai senti que tu t’éloignais de moi, que tu prenais ton envol, comme on quitte une prison.

 

Aujourd’hui, je sais que tu peux vivre sans moi. Je l’accepte avec amertume, certes, mais je sais que je t’ai donné la force, la force d’exister, d’être autonome. Tu n’as plus besoin de moi, je m’efface. Tu vivras, heureux, malheureux, plein de doutes et d’espoir, mais tu vivras. De temps en temps, je sais que tu te souviendras de moi, et un sourire s’esquissera imperceptiblement, nostalgique, sur ton visage. Personne ne comprendra. Qu’importe, mon amour vivra toujours en toi. Tu m’as donné l’éternité.

 

 

Par Ondine Venezia - Publié dans : Vivre à...
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Samedi 25 septembre 2010 6 25 /09 /Sep /2010 11:34

L’objet est à présent lisse entre ses mains. De forme cylindrique, il est arrondi aux extrémités. D’un beau bois brun ambré, luisant. Depuis des jours il le polit. Il ne vit que pour cette brillance, cette régularité. Et c’est fini, plus la moindre aspérité ; il ne le rendra pas plus brillant, plus doux, plus apaisant. La perfection est atteinte. Il le caresse de ses doigts longs, délicats, mais puissants. Ferme à demi les yeux. Le bien-être - presque la léthargie - le gagne.

Il devrait ressentir une plénitude, éprouver un sentiment d’accomplissement profond.

Non.

Et soudain il saisit un burin, manche côté pouce, comme on brandit un coutelas. Une lueur anime son œil à présent grand ouvert. Un coup. L’outil a ripé, mais l’entaille est visible. Le bois s’est ouvert en une sorte de lèvre retroussée, presque indécente.

En état de choc, il s’immobilise, l’objet dans sa main un peu tremblante, fasciné par cette béance qu’il a lui-même générée.

Il repose le burin. Saisit de nouveau l’objet entre ses deux mains tendues, maladroitement. Son pouce effleure légèrement l’arête fraîche, puis se glisse dans la fente rugueuse, passant, repassant, appuyant davantage jusqu’à la sensation désagréable.

Désormais, cet objet lui appartient vraiment, et son imperfection, signe de sa vulnérabilité, est aussi sa force, sa beauté, son essence, son unicité.

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Samedi 25 septembre 2010 6 25 /09 /Sep /2010 10:17

Cette plage est une carte postale. Les chaos de roches granitiques roses, aux rondeurs irréelles, forment des empilements à l’équilibre improbable. Ils encadrent une mer d’un bleu presque suspect, où tanguent nonchalamment quelques coques blanches à moteur. L’expression « le temps s’est arrêté » semble prendre sens juste là, maintenant, devant moi.

Septembre m’apporte une solitude bienvenue. Je me suis assise sur le sable rose, je plonge la main dans les granulés polis qui me chatouillent sensuellement la paume.

Il est quinze heures.

Je m’aperçois que je ne suis pas seule. A quelques dizaines de mètres, dans l’anfractuosité d’un amas de roches, un couple s’est glissé. L’homme est couché dans une position fœtale, la tête sur les genoux de la femme. Celle-ci est courbée au-dessus de lui, sa tête à presque toucher le dos de son compagnon. La chemise de l’homme fait un renflement sous le col, sans doute la main de la femme qui s’y est glissée. Elle doit être rousse. Il n’y a que les cheveux roux pour avoir tant d’éclat. Ses cheveux bouclés volètent sous l’effet d’un vent léger. La main de l’homme pend le long du rocher. Moment de douceur, sieste vespérale et tendrement amoureuse.

Mon regard les quitte un instant pour balayer le paysage engourdi. Je m’allonge, me recroqueville, moi aussi. Torpeur, somnolence.

Je me redresse, il fait plus frais, le ciel et la mer se sont unis de gris.

Il est quinze heures 35.

Le couple, là-bas, est toujours enlacé. Rien n’a changé dans leur attitude. Je me lève, un peu endolorie, secoue mes cheveux, enfile mon coupe-vent, puis egustav-dorentame une promenade louvoyante pour approcher le couple. Une piéta, voilà le tableau qu’ils forment.

Irrésistiblement, je les rejoins. Une impulsion me fait saisir la main de l’homme : elle est glacée. Je ne la lâche pas, au contraire, je m’y accroche, je tire un peu. L’équilibre était fragile. Le tableau s’anime soudain en un effondrement languide des deux corps enlacés. Lâchant la main, je reste incrédule à regarder cette nouvelle union du couple. Le corps de la femme recouvre à présent celui de l’homme, il l’épouse. Sa main droite est restée coincée dans le col de la chemise, elle l’embrasse étroitement. Son visage est niché dans le creux de son cou. Une douce intimité s’est recréée sous mes yeux captivés.

Seuls leurs pieds disloqués rendent le tableau choquant. Et le flacon qui vient de rouler du rocher.

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Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 18:26

Edward Hopper FenêtreUn lampadaire venait de s’allumer dans le jardin voisin, un chat tout noir se faufilait sur le toit du cabanon. Elle songeait, accoudée à la balustrade. Paradoxalement, elle n’avait jamais autant vécu en plein air que depuis qu’elle vivait en ville. Ce dehors était différent de ce qu’elle avait connu, d’une qualité, d’une texture autres. La terrasse, surélevée, à l’abri du vent, avait quelque chose d’hitchcockien, une manière de Fenêtre sur cour, ou de resnaisien, un faux air de Mélo.

On sonna. Et soudain, il était là, devant elle, en gros plan, tout le reste hors champ. Un instant, son cœur ne battit plus.

Elle referma la porte de la maison, se retrouva d’instinct sur la terrasse où ils restèrent debout, côte à côte, le visage tourné vers le jardin, le corps en alerte. Le soir s’installait déjà. Il fallait lui dire : « Assois-toi, tu veux boire quelque chose ? » Non, ce n’était pas ça. « Tu as retrouvé facilement mon adresse ? » Ridicule.

Pourquoi ? Pourquoi tu viens si tard ? Pourquoi ce silence de tant d’années ?

Elle lui désigna une chaise, lui jetant un rapide regard de côté, sans vraiment chercher à le voir. Le silence était presque parfait, juste le bruit étouffé des voitures derrière les maisons. Pourtant, elle était aux aguets, le moindre frottement proche eut suffi à faire dériver son esprit. Elle s’assit également, sur la deuxième chaise.

Il était là, de nouveau, dans son pull bleu ciel, un peu gauche, comme autrefois.

« Je savais bien que tu allais revenir un jour. » Il était toujours beau, elle le voyait, à présent, malgré l’ombre. Et elle devinait ses yeux bleu de mer en amande, cernés de fines rides, comme le marin qui semble toujours scruter la vague. Et Dieu sait s’il l’avait regardée, la mer, à ne plus voir qu’elle, à se laisser envoûter, à se laisser emporter. Elle se souvenait bien du bateau à la coque rouge, rouge comme les chaises sur lesquelles ils étaient assis, tous les deux, en ce moment, de nouveau réunis. Elle sourit.

De l’autre côté du jardin, une fenêtre s’ouvrit. Une silhouette d’homme dans la lumière. Il regarda vers elle, fit un geste qu’elle remarqua à peine. Puis s’éloigna vers l’intérieur, laissant les vitres ouvertes.

Il faisait doux ce soir, c’était bien ainsi qu’elle imaginait leurs retrouvailles, à l’abri du vent, loin de la mer, de la lumière et des embruns. Elle n’avait jamais aimé la mer, préférant ce décor figé de cour encaissée et protégée. C’était bien, il était là, il ne partirait plus. La mer ne pouvait plus l’atteindre et le lui voler.

Elle devinait son sourire chaud, la tendresse de son regard plissé. Et elle se laissait aller, le regard vague, hébété de bien-être, la bouche entrouverte. Elle rentrait en elle-même, s’abîmait dans le souvenir rêvé de regards partagés, de scènes figées aux couleurs filtrées.

Un coup violent au cœur, les sens agressés. La sonnette de la porte d’entrée venait de retentir à nouveau. Le souffle lui manqua un instant, la nuit l’environna soudain de sa solitude. Elle se leva, entra dans la maison, déverrouilla la porte de la rue. Apparut un homme en pull gris, souriant, aux traits un peu marqués, un peu trop réels par leurs imperfections.

« Bonsoir… Désolé de vous déranger… » La femme devant lui avait un air légèrement hagard, à peine interrogateur. Son visage fin, son teint pâle, ses yeux vagues et presque farouches  lui donnaient une fragilité enfantine qu’accentuait encore le frottement un peu nerveux de la paume de sa main gauche sur sa jupe bleu clair. « Je suis votre voisin, de l’autre côté de la cour, j’ai déjà sonné tout à l’heure, vous deviez être absente, je vous ai vue seule sur votre terrasse, je voulais juste… enfin je crois que mon chat s’est glissé chez vous, par la porte de votre terrasse. »  

Par Ondine Venezia - Publié dans : Vivre en...
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Mardi 14 septembre 2010 2 14 /09 /Sep /2010 23:05

 

Il s’est levé, est allé se chercher dans le réfrigérateur un pot de crème dessert au chocolat. Ce n’est pas n’importe quelle crème dessert. Celle-ci a la particularité d’être recouverte d’une fine couche de chocolat croquant. Maintenant, il ôte l’opercule, soigneusement.

Puis, d’un geste précis, sec, net, sans appel, brise avec la petite cuillère la surface dure, une fois, deux fois, trois ou quatre fois peut-être. On ne sait pas trop, on n’a pas compté. Mais on devine que lui le sait, ou, plus exactement, on pressent que le nombre de coups portés est toujours le même. On sent de la détermination dans ces gestes. Rien ne peut l’atteindre à ce moment-là, il est déjà tout entier dans son petit pot de crème au chocolat. Le buste est légèrement voûté, la main gauche enserre fermement la coupelle transparente, le regard est fixe.

La cuillère est ensuite portée méthodiquement à la bouche, un peu brusquement aussi. Quatre, cinq cuillerées, il ne lui en faut pas plus pour vider le petit pot de crème au chocolat. A-t-on senti la dégustation, le frémissement des papilles ? La sensualité a plutôt semblé un peu sauvage, presque farouche.

L’opercule est plié en quatre, selon un rituel immuable, et glissé dans la coupelle de plastique.

Il se lève, sans un regard alentour, se dirige instinctivement vers la poubelle, une rapide pression sur la pédale, l’objet disparaît, le couvercle claque.  

Par Ondine Venezia - Publié dans : Vivre sans...
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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 23:27

 

Marie file sur le trottoir étroit en traînant son caddie de ménagère. Ca lui tire un peu l’épaule en arrière. Sa silhouette se penche légèrement. Elle est perdue dans ses pensées –quelles pensées ? - elle a failli rouler dans une crotte de chien. Le sol en est maculé, certains jours seulement, et perfidement, quand la vigilance s’est endormie.

Sur le trottoir d’en face, vient une vieille femme, jupe bleu marine laissant apparaître le mollet et la cheville décharnée, cardigan gris en lainage aux boutons dorés, bonnes chaussures de marche enveloppant le pied comme une prothèse. Elle avance d’assez bon pas, suivie, elle aussi, de son caddie, d’où dépassent des poireaux et une baguette. Elle s’en revient déjà de ce marché où elle connaît de moins en moins de monde. Elle déjeunera tôt, avant midi, sans doute, après son chat, peut-être.

Marie esquisse un timide sourire, mais l’autre ne la regarde pas.

Marie a maintenant la tête relevée, elle va bientôt croiser une jeune femme aux cheveux courts, vêtue d’un tailleur pantalon, et portant une sacoche, un téléphone à l’oreille, les yeux dans la bulle de sa conversation. Celle-ci non plus ne la regardera pas, si, à peine, pour descendre du trottoir et poursuivre sans perdre son allure.

Deux petites filles rousses sont assises sur un perron. Elles pépient, et l’une d’elle attrape la queue d’un gros chat à moitié pelé. Il se laisse faire et même tirer en arrière. Cela les fait rire aux éclats. Marie hésite, mais ne leur dit rien : à quoi bon ?

Au bout de la rue, elle bifurque vers la gauche : la rue est presque déserte, le marché, c’est de l’autre côté, c’est là-bas, derrière les vieilles maisons du centre, l’animation, la foule, les couleurs, les senteurs, les bavardages, les commérages, les rencontres, la vie.

Mais Marie entre dans la pharmacie, un peu vieillotte, un peu sombre. Ca n’existe plus, des commerces comme celui-là. C’est une boutique fantôme. Le comptoir en bois brut patiné l’impressionne. Et plus encore le vieil homme marmonnant qui l’accueille à peine d’un regard jeté au-dessus de ses lunettes de presbyte. Elle prend un air assuré : elle a une ordonnance. Elle la prend dans sa poche où elle l’a pliée soigneusement, prête à être sortie au moment voulu. Il la saisit, la parcourt rapidement, lève un sourcil et regarde à nouveau cette cliente toute frêle, aux yeux tout ternes cernés de fatigue et de pâleur. Elle a posé ses doigts nus sur le comptoir et attend. Ses pauvres cheveux blonds, de longueur inégale, pendouillent de chaque côté de son menton pointu.

Il lui délivre la prescription, non sans noter la posologie sur la boîte. « Ne dépassez pas la dose prescrite. – Je sais, oui, merci ». La boîte tombe au fond du caddie.

Elle est dehors, un peu perdue. Un moment d’hésitation. Elle tourne vers la droite, et reprend son chemin. Un chien en laisse la dépasse, un beau chien gris au poil ras qui a l’air si doux qu’elle a eu l’impulsion de tendre la main. Son maître, un homme très grand, sûr de lui dans son blouson en cuir, la frôle sans lui jeter un regard. Il marche avec souplesse et aisance, ses grands pas le font avancer très vite.

Marie accélère alors, entraînée par les foulées de l’homme, son caddie lui semble un peu plus lourd. Elle rit une seconde, il n’est pas rempli de légumes, de fruits, de pain. C’est juste que la rue monte un peu. Les petites ne sont plus là. Mais le chat tout pelé se tient le dos rond, la queue dressée contre une voiture en stationnement. Ses yeux la jaugent. La rue est déserte, cette fois, alors, elle s’arrête et s’accroupit pour toucher le chat. Il ferme les yeux et se laisse faire. Elle sent que sa chaleur gagne sa main et pourrait bien l’engourdir, alors, elle se redresse et repart, très vite, serrant bien fort la poignée de son chariot, la tête baissée, sans plus rien voir au dehors.

 

 

 

Par Ondine Venezia - Publié dans : Vivre en...
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 18:47

 

Il marche tout droit, les yeux bien écarquillés, la bouche inexpressive. Sous ses pieds, juste le fil, le fil ténu de sa vie. Il marche pour ne pas tomber. Parce qu’il n’est pas prêt. Il ne sait pas bien la distance qui le sépare du bout, là-bas. Respirer à fond, respirer à peine, tout pour ne pas tomber. Ecarter les bras, sentir le souffle de l’existence sur lui. Et voir le bout se rapprocher, estimer mieux la distance. Il a peur. Puis il ne sait plus, il est fatigué. Il a réussi tout ce temps à tenir sur son fil, alors que tant d’autres sont tombés tout autour. Il en a vu aussi continuer, se voûtant peu à peu. Il ne sait pas ce qu’ils sont devenus, ils ont atteint leur extrémité. Ils ne sont plus là. Il est de plus en plus seul. Il se courbe, laisse ses paupières paresseuses s’alourdir. Il sait bien que ce fil bien tendu n’est qu’un leurre, ça fait longtemps qu’il l’a compris. Il ne mène qu’à un but illusoire. Oh, il a bien essayé, comme d’autres, de croire qu’il atteindrait l’équilibre parfait sur une surface infinie et lénifiante. Mais à quoi bon ? Il avance bravement, floué, flétri, mais résigné… sous ses pieds, il perçoit encore le dur contact du fil d’acier ; sur sa peau, la douceur ou l’âpreté du temps ; sur ses lèvres, le sel et le sucre mêlés ; dans ses narines, le tourbillon des saisons ; à ses tympans, le frémissement du monde. Et devant lui, là-bas, l’arc-en-ciel pâli de ses illusions. Il marche encore, mais rien ne l’atteint plus vraiment, peu à peu, il se détache, il n’existe plus qu’en lui-même. Le but est proche, ou peut-être la chute, quelle importance…

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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 10:23

 

1 Le principal trait de mon caractère.

Je sais pas. Je suis le doute incarné.

 

2 La qualité que je préfère chez un homme. Triple autoportrait, Norman Rockwell

La gentillesse (ou l’empathie, peut-être) et l'humour (le fin)

 

3 La qualité que je préfère chez une femme.

La décontraction et l'humour

 

4 Ce que j'apprécie le plus chez mes amis.

Qu'ils me considèrent comme leur amie

 

5 Mon principal défaut.

La paresse

 

6 Mon occupation préférée.

Faire du vélo sur un chemin tranquille aussi horizontal que possible tout en écoutant de la musique

 

7 Mon rêve de bonheur.

Le bonheur absolu ne peut se concevoir, je ne peux rêver que de petits bonheurs, ou de grands bonheurs... pas un rêve, mais plusieurs

 

8 Quel serait mon plus grand malheur ?

Y penser est déjà épouvantable... Avoir des enfants rend si vulnérable...

 

9 Ce que je voudrais être.

Je ne crois pas avoir jamais vraiment voulu être autre chose que ce que je suis, quel intérêt ?

 

10 Le pays où je désirerais vivre.

Ici, c'est bien, ou alors le pays de tous mes « possibles »…

 

11 La couleur que je préfère.

La couleur de la mer (sa palette est large)

 

12 La fleur que j'aime.

Le coquelicot (pour l’insolence de sa couleur et sa fragilité) ou l'hibiscus

 

13 L'oiseau que je préfère.

La mésange bleue (un oiseau tout menu et fragile, en tout cas)

 

14 Mes auteurs favoris en prose.

Les auteurs du XIXème siècle, Victor Hugo, Flaubert, Maupassant

 

15 Mes poètes préférés.

Eluard, Victor Hugo (qd il parle des enfants), pour la vérité qui sort de leurs vers, et Racine pour l’absolue beauté des siens.

 

16 Mes héros dans la fiction.

Don Rodrigue, Jean Valjean, M. de Rochester (dans Jane Eyre), le Petit Prince…

 

17 Mes héroïnes favorites dans la fiction.

Scarlett O'Hara (ça, c'est de la bonne femme !), Phèdre, Sabrina (jouée par Audrey Hepburn)

 

18 Mes compositeurs préférés.

Rachmaninov, Mahler, Sibellius… (mais il y a aussi la musique des chansons :William Sheller, pour Un homme heureux, Polnareff, Michel Berger, pour "Evidemment", "Pour me comprendre", et tant d’autres…)

 

19 Mes peintres favoris.

Edward Hopper, Salvator Dali, Norman Rockwell, William Bouguereau

 

20 Mes héros dans la vie réelle.

Mon père, mon mari et mon fils (le premier parce qu'il m'a engendrée, le deuxième parce qu'il m'a choisie, le dernier parce que je l'ai engendré...  non, c'est parce que leurs yeux voient avec le coeur, et que leur regard est celui des sages)

 

Edward Hopper Au café21 Mes héroïnes dans l'Histoire.

Anne de Bretagne, Madame de Maintenon

 

22 Mes noms favoris.

Arsène, Angèle, Judicaël et les prénoms de mes enfants

 

23 Ce que je déteste par-dessus tout.

Faire la cuisine et le ménage, et qu’on vienne m’envahir dans mon chez moi…

 

24 Personnages historiques que je méprise le plus.

Hitler (évidemment, quoique le mot mépris soit un peu faible) et sûrement plein d’autres qui n’ont pensé qu’à guerroyer pour assouvir leur désir de gloire et de puissance…

 

25 Le fait militaire que j'admire le plus.

Le débarquement des Alliés (et pourtant, quelle absurdité, quelle horreur... ces vies à peine esquissées que déjà détruites)

 

26 La réforme que j'estime le plus.

L’école gratuite, laïque et obligatoire de Jules Ferry, ex aequo avec les premiers congés payés de 1936

 

27 Le don de la nature que je voudrais avoir

Faire rire, parce que ça rend heureux, savoir aimer, pour la même raison

 

28 Comment j'aimerais mourir.

Je ne crois pas que j’aimerais trop, justement… mais disons, dans la douceur.

 

29 État présent de mon esprit.

Là, tout de suite ? entre deux eaux (entre mer et pluie)

 

30 Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence.

Les miennes, sûrement, quoique…

 

31 Ma devise

Ne jamais rien regretter...

 

 

 

 

 

Par Ondine Venezia - Publié dans : Questions de vie
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